Diffusée sur FX et Hulu depuis février 2024, la série Shōgun est un succès populaire et critique. Créée par Rachel Kondo et Justin Marks, cette adaptation en langue japonaise et anglaise est basée sur le roman historique de 1975 de James Clavell ; elle met en vedette Hiroyuki Sanada et Cosmo Jarvis.
Initialement pensée comme une mini-série, l’oeuvre est saluée pour sa fidélité aux sources, sa production somptueuse, et a donc été renouvelée pour une deuxième saison dont le tournage a débuté en janvier dernier pour prendre fin en septembre 2026.
C’est l’occasion de revenir sur cette première saison aux qualités indéniables en terme de costumes, de décors, de dialogues et de narration, mais qui aurait gagné à mettre davantage l’accent sur les scènes d’action.
Synopsis : Japon, année 1600. Le seigneur Yoshii Toranaga (Hiroyuki Sanada) est un daimyo puissant qui lutte pour sa vie contre ses rivaux du Conseil des Régents, notamment Ishido.
Le destin de Toranaga bascule lorsque le navire néerlandais Erasmus s’échoue, avec à son bord le navigateur anglais John Blackthorne (Cosmo Jarvis). Doté de connaissances militaires européennes, Blackthorne devient un atout stratégique majeur pour Toranaga. Leur alliance dépend de Toda Mariko (Anna Sawai), une noble chrétienne qui sert d’interprète et navigue entre sa foi, sa famille déshonorée et sa loyauté envers son seigneur.

Les trois premiers épisodes sont captivants ; une mise en place dynamique est portée par un jeu d’acteur millimétré et un sens du gigantisme (notamment pour filmer les navires et les paysages montagneux) qui perdure tout au long de la série. Mais très vite, l’exposition des enjeux prend une tournure statique et verbeuse autour d’innombrables réunions, d’interminables cérémonies du thé, si bien que l’on craint que les sabres rouillent dans leurs fourreaux.
C’était pourtant bien parti. Dès le début du premier épisode (L’Anjin) la décapitation d’un japonais sympathisant chrétien (et ce par son propre chef de canton) montrait d’emblée un univers complexe et impénétrable, avec un sens de l’honneur qui échappe aux considérations occidentales.

Dans l’épisode suivant (Le serviteur de deux maîtres), on voit que le personnage de John Backthorne est emporté par ces intrigues nippones lorsqu’un assassin mystérieux est envoyé dans ses quartiers.
Jamais le violence n’est gratuite ; elle jaillit avec la fulgurance d’une lame pour venir dénouer des enjeux finement établis tout au long de l’épisode.

On s’attend à ce que la suite de l’oeuvre suive ce pattern. Pourtant, au tournant du troisième et du quatrième épisode, quelque chose s’essouffle, non dans le scénario mais dans la narration. La série tombe dans le pire écueil qu’un récit puisse connaître : dire plutôt que montrer. L’action, que l’on s’attendait à voir monter crescendo, passe au second plan, remplacée par des scènes de repas interminables, des Conseils soporifiques.
La matière première de ce remake d’une série de 1980 est néanmoins passionnante. La présence secrète des portugais et l’ingérence chrétienne dans le Japon féodal ; un sujet aussi passionnant que méconnu.

Il y a aussi un vrai plaisir s’imprégner de la culture japonaise : les codes de la chevalerie aux règles strictes, la quête artistique de la perfection qui s’étend même au domaine domestique… Et bien entendu la tension de ce monde traditionnel en vase clot confronté à son ouverture sur le monde occidental ; l’opposition entre le fanatisme martial et le fanatisme religieux, tous deux conquérants, tous deux protecteurs des traditions.
Ce choc des cultures est amené avec humour, chaque camps se traitant mutuellement de barbare. Des scènes cocasses s’ensuivent lorsque Mariko, la traductrice, tente de temporiser comme elle peut des échanges où l’on s’insulte copieusement.

Dans ce Japon du début du 17e siècle, un homme peut mourrir pour en seul geste, un seul mot. Une situation qui déstabilise d’abord John Backthorne, habitué à la prévalence de l’écrit sur la parole, à la supériorité de la poudre noire sur l’arme blanche. Pareil au personnage incarné par Tom Cruise dans Le Dernier Samouraï, il apprend que l’honneur n’est pas uniquement fondé sur le rapport de force individuel mais découle d’une intentionnalité collective ; allant ainsi au devant de ce qui est plus grand que lui.

Au coeur de cet univers de rivalité claniques, Backthorne découvre une véritable philosophie incarné par Toranaga (et ses métaphores aviaires parfois trop filées), l’amour au côté de Mariko ainsi que l’adversité – le dévoiement des valeurs et des codes – représenté par Ishido.
Enfin, la série brille par sa dimension ludique et pédagogique. Les scènes de traduction où les personnages répètent les mêmes paroles en deux langues entraînent des longueurs, certes, mais les véritables amateurs de culture nippone y trouverons une vraie occasion de s’initier au japonais.
Si une saison 3 en guise d’épilogue est déjà annoncée, le tournage de la saison 2 de Shōgun s’est achevé le 13 septembre ; on attend sa diffusion courant 2027 sur FX, Hulu et Disney +. L’intrigue se déroulera dix ans après les événements de la première saison, s’aventurant donc au-delà du roman de James Clavell. On espère que ces suites seront justifiées, pas uniquement mercantiles, et encore meilleures que la première saison.







