Live ! : avis & critique

Live ! est un faux documentaire américain écrit et réalisé par Bill Guttentag, sorti en 2007. C’est son premier long métrage de fiction — le réalisateur est d’abord connu pour ses documentaires primés aux Oscars (You Don’t Have to Die, 1989 ; Twin Towers, 2003).

À l’occasion de la sortie au cinéma de Primetime avec Robert Pattinson, on redécouvre ce film un peu oublié qui a pourtant pavé la voie au style visuel du found footage et du mockumentary.

Synopsis : Pour relancer les audiences catastrophiques de la chaîne fictive ABN, la productrice Katy Courbet (Eva Mendes) conçoit une émission de télé-réalité où six candidats jouent à la roulette russe en direct pour 5 millions de dollars chacun. Un documentariste, Rex (David Krumholtz), suit l’équipe de près.

Entre fiction et documentaire, ce film prophétique pose les bases des questionnements qui secouent encore l’audiovisuel, près de vingt ans après : la télé-réalité, l’info-spectacle, la quête de l’audimat qui pousse à la performance transgressive… Avec en toile de fond les problématiques sociales de la violence et de la pornographie.

Live ! interroge ce moment trouble où la prédation humaine (qu’elle soit économique ou sexuelle) rencontre la prédation médiatique, ce voyeurisme que personne n’assume sur le plan individuel mais fortement encouragé sur le plan collectif.

Un questionnement que l’on retrouve dans la façon de filmer : une image granuleuse et presque sale – à la mesure de l’obscénité du sujet traité -, une caméra intrusive et tremblante ; traduisant ce « regard mystérieusement autre » que l’on voit souvent dans les films d’horreur et d’épouvante.

Bill Guttentag et Eva Mendes / gettyimages.fr

6 candidats, 5 millions de dollars en jeu, un seul tour de barillet. 5 participants repartiront avec cette somme tandis que la famille du perdant n’ empochera rien. Katy donne à ce projet une justification historique : les romains et leurs gladiateurs, les guillotines de la fin du moyen-âge… Bref, l’éternelle fascination de l’humanité pour la mort, et surtout le spectacle de la mort.

Le programme qu’elle cherche à diffuser contient tous les ingrédients d’un Prime Time classique, un peu dans la veine du film American Dreamz (de Paul Weitz), sorti un an plus tôt : un animateur, un public, un story telling autour des candidats. À ceci près que les candidats en question (au nombre de six comme l’emblématique revolver 357 à six coups) sont prêts à risquer leur vie. Les profils sont pour le moins archétypaux : la petite fiancée de l’Amérique ; l’aventurier de l’extrême ; le farmer touchant (incarné par un Jeffrey Dean Morgan encore peu connu) ; l’intellectuel issu des minorités ; le mexicain homo du barrio ; le top modèle en crise existentielle. Le rappeur 50 Cent s’offre même un petit caméo.

Tous ces profils disparates sont unis par un indéniable capital sympathie, savamment construit par la chaîne. Il est d’ailleurs intéressant d’explorer l’intérieur de la bête : les coulisses sulfureux d’une production télévisuelle, les rivalités entre collègues, le débat éthique autour d’une telle émission. Le suicide est ici présenté comme illégal par l’avocat de la chaîne ; mais est – il immoral ? Et jusqu’où peut aller la liberté individuelle ?

Il y aussi le sempiternel voltigement entre satanisme et puritanisme auquel est vouée l’Amérique entière. L’émission propose une exécution télévisée mais Katy refuse de diffuser le téton de l’une des candidates (stripteaseuse de métier), arguant à son collègue qu’« on est pas en France ».

Dans Live !, tous les travers et les contradictions de la société sont montrés sans filtre, par petites scènes successives. Puis la focalisation se ressert autour de Katy ; ses fantasmes, ses doutes, sa passion enfantine. Ces d’ailleurs le seul moment (heureusement très bref) où le film souffre d’une impression de flottement ; on se détache de la critique acerbe pour de la psychologie de comptoir. Enfin le récit reprend sa dimension purgatoire et cathartique avec la diffusion à grande échelle de l’émission proprement dite, tout cela dans une tension insoutenable.

Là encore, ceux qui ont vu American Dreamz ne pourrons s’empêcher de faire quelques rapprochements : la déconnexion des personnages par rapport à la réalité, l’idée d’un monstre télévisuel qui échappe à son créateur, voir même lui survi.

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