Initié par Napoléon Ier en 1802 pour l’approvisionnement en eau, le canal Saint-Martin a été inauguré en 1825 et relie le bassin de la Villette à celui de l’Arsenal. Sa particularité majeure réside dans sa section de 2 km passant sous la place de la Bastille, entièrement voûtée et plongée dans l’obscurité, éclairée uniquement par des oculi.

Si la réalisation du canal Saint-Martin a été attribuée à une entreprise privée en 1818, ce n’est qu’en 1861 que la Ville de Paris achète la concession du canal, devenant alors l’unique détentrice du canal et de toutes ses structures : ponts, écluses et passerelles. Elle laisse alors la responsabilité de cette gestion au Service municipal des canaux.
Aujourd’hui, le Canal Saint-Martin compte six passerelles piétonnes, deux ponts tournants et deux ponts fixes pour la circulation automobile.

Les passerelles, construites entre 1860 et 1890, sont des ouvrages métalliques emblématiques inscrits aux Monuments Historiques. Les ponts tournants (rue Dieu et Grange-aux-Belles) et les ponts fixes permettent le franchissement routier et piéton de la voie d’eau.
Le canal, long de 4,55 km et situé principalement dans les 10e et 11e arrondissements, relie le bassin de la Villette au port de l’Arsenal.
Les plans des passerelles ci dessus sont extraits des atlas de Belgrand, fin du XIXe siècle ; il montrent que ces constructions sont le fruit d’un long processus de conception et d’assemblage qui va de 1860 à 1890.
La passerelle des Douanes, la plus ancienne, a été construite en 1860. Son design, qui comporte trois arcs en fonte moulée, aurait servi d’exemple aux autres ponts. La structure construite à la Grange-aux-Belles, érigée en 1877, en est d’ailleurs une reproduction fidèle.
Également connue sous le nom de « passerelle du Temple » et maintenant désignée comme passerelle Jane Birkin, celle-ci est située en prolongeant l’ancienne « rue de la Douane » (actuellement rue Léon Jouhaux, 10e), proche du dépôt des Douanes érigé dans les années 1830.

L’un des buts des rénovations envisagées est de substituer les socles en pierre des passerelles, érodés par l’usure et les passages fréquents. Les pierres qui seront utilisées pour cette restauration seront prélevées dans la même carrière que celles d’origine, qui se trouve à Souppes-sur-Loing, en Seine-et-Marne.
La roche calcaire connue sous le nom de pierre de Souppes est largement prisée pour sa capacité à résister à l’eau. Elle a servi de matériau pour l’édification de nombreux édifices historiques, à l’instar de la basilique du Sacré-Cœur, du pont Alexandre III et de l’Arc de Triomphe.

Le péril Pompidou
Au milieu des années 1960, Georges Pompidou et l’administration parisienne ont envisagé d’enterrer le canal Saint-Martin sous une autoroute urbaine.
Le projet prévoyait de construire un axe Nord-Sud reliant la porte d’Aubervilliers à la porte d’Italie en recouvrant le canal entre la place de la Bataille-de-Stalingrad et la Seine.

Ce plan, qui aurait entraîné la destruction de milliers de logements, a été voté par le Conseil de Paris en 1963, mais a finalement été abandonné en 1971 suite aux fortes oppositions des riverains.
Le canal est depuis 1993 inscrit aux Monuments Historiques.

C’est une véritable tradition dans le 10ième arrondissement, des mises à sec sont effectuées tous les 10 à 15 ans, attirant une foule de curieux et révélant des trésors insolites : lors de la dernière régulation en 2016, des vélos, scooters et coffres-forts ont été retrouvés.
En 2001, ce sont deux obus de 75 mm datant de la Première Guerre Mondiale qui ont été sortis des eaux ; tandis qu’en 1925, des objets liturgiques en or et un crâne humain furent repêchés.

Ces vastes opérations de nettoyage sont également l’occasion de recenser et d’étudier la faune d’eau douche qui vit au fond du canal, ou même de faire des prélèvements bactériens pour en mesurer la propreté.
Narrations architecturales
Outre sa dimension pratique et son ampleur historique, le canal a également marqué le cinéma, servant de décor à Hôtel du Nord (Marcel Carné), Les Malheurs d’Alfred (Pierre Richard), Le Clan des Siciliens (Henri Verneuil) et Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain (Jean-Pierre Jeunet).

Sans oublier le nombre impressionnant de ponts et de passerelles – 9 en tout – portant des noms d’actrices célèbres : Arletty , Maria Casarès, Emmanuelle Riva, Michèle Morgan, Bernadette Lafont, Maria Pacôme, Jane Birkin, Hélène Duc et Maria Schneider.
D’autres productions importantes y ont été tournées ou s’y réfèrent : Le Dernier Tango à Paris (1972) met en scène une proposition en mariage sur le canal ; des scènes se déroulent le long des berges dans le film Tenue de soirée (1986). Même la série Emily in Paris met à l’honneur le célèbre cours d’eau.
Enfin, le documentaire Vivre est une solution (1980) est entièrement consacré au canal et vos permettra d’en connaître les secrets.
Le Canal Saint Martin de nos jours
Ces dernières années, il a été au centre de l’actualité pour ses baignades en canicule, attirant des foules malgré les risques, et a été le théâtre d’incivilités médiatisées impliquant des mineurs, comme l’adolescent surnommé « La Douane », connu pour arroser et rançonner les passants.

Hamza dit ‘La Douane’, est devenu le symbole de cette délinquance juvenile, après avoir filmé ses actes (pousser des baigneurs, faux péage, vols) sur les réseaux sociaux. Son arrestation pour violences en réunion et dégradations a provoqué une polémique médiatique et politique, certains médias minimisant les faits tandis que d’autres y voient le signe d’une crise de l’autorité, affirmant que la France ne peut pas imaginer s’imposer à l’international si elle n’est pas capable de recadrer un enfant armé d’un pistolet à eau.
Une autre controverse majeure a éclaté en juin 2026 suite à la diffusion virale d’une vidéo montrant un agent de propreté de la Ville de Paris propulsant des déchets dans le canal avec un karcher. Bien que la mairie et le maire Emmanuel Grégoire aient qualifié cet acte d’erreur individuelle non conforme aux procédures, la vidéo a suscité l’indignation publique, surtout à un moment où la baignade était autorisée. Les riverains dénoncent également une gestion en roue libre de l’espace public et une insuffisance des moyens humains pour contrôler les incivilités et assurer la propreté.

Des polémiques marginales qui n’empêchent pas le canal Saint – Martin de rafraîchir par ses grandes eaux diurnes et de rayonner par son histoire.





