Atteinte le 6 juillet par les forces ukrainiennes, la raffinerie d’Omsk (la plus grande de la Russie), représente environ 10 % de la capacité totale de raffinage du pays. Cette frappe, réalisée à plus de 2 500 km de distance, a provoqué un incendie majeur, occasionné une pénurie grandissante d’essence et obligé Poutine à reconnaître que la guerre a finalement atteint le territoire russe.
La guerre en Ukraine a vu l’usage intensif et diversifié de dizaines de systèmes de drones, classés généralement selon leur milieu d’opération (aérien, terrestre, naval) et leur mission.

Dans ce contexte d’évolution des rapports de force, voici les 10 catégories principales de drones identifiées dans ce conflit asymétrique qui a débuté le 24 février 2022.
1. Drones FPV (First Person View) kamikazes
Pilotés en vue subjective, ces mini-drones – équipés de charges explosives – sont responsables d’une part majeure (jusqu’à 75 %) des pertes matérielles et humaines sur le front.

Le Molniya-2, assemblé en bois contre 1000 dollars, est le drone standard russe. Le Kremlin vise une production de deux millions d’unités par an (dépassant 15 000 par jour) pour saturer les défenses adverses.
2. Drones de surveillance MALE/MAME
De moyenne altitude et longue endurance (comme le Bayraktar TB-2 turc ou l’Orion russe), ils sont utilisés pour la reconnaissance stratégique et l’attaque de cibles fixes, bien que leur usage ait diminué face aux défenses aériennes.

3. Drones-suicides Shahed/Geran
Qu’ils soient iraniens (Shahed-136) ou russes (Geran, Gerbera) ; ils se caractérisent par leur longue portée, leur lenteur et une certaine difficulté à les manœuvrer. Utilisés en essaims, ils saturent les défenses et frappent les infrastructures civiles et militaires en profondeur.

4. Munitions en suspension (Loitering Munitions)
Ces drones kamikazes semi-autonomes patrouillent avant de s’abattre sur la cible, tels que les Lancet russes et les Switchblade américains (300 et 600) fournis à l’Ukraine.

5. Drones de reconnaissance tactiques
Rotatifs (comme les DJI Mavic, Orlan-10, Eleron-3) ou à ailes fixes (Gorizont S-100), ils sont omniprésents pour l’observation du champ de bataille et la désignation de cibles pour l’artillerie.

6. Drones intercepteurs
Conçus pour détruire d’autres drones, comme le Sting ukrainien (qui entre en collision verticale) ou les systèmes à fibre optique, utilisés pour contrer les assauts des drones kamikaze russes, notamment le Shahed (Geran).

Le Sting est développé par l’organisation Wild Hornets. Fabriqué en grande partie par impression 3D, cet appareil est conçu comme une munition rôdeuse à bas coût, estimé entre 2 100 et 2 500 dollars, soit bien moins cher que la cible qu’il neutralise.
Contrôle en FVP, il atteint une vitesse de 340 à 343 km/h et peut voler à une altitude de 3 000 mètres avec une portée de 25 à 40 km.

7. Drones navals (USV)
Drones de surface sans pilote, utilisés pour attaquer les navires de la flotte russe en mer Noire, contribuant à chasser cette dernière des eaux occidentales.

Le Magura V5 est le modèle le plus déployé. Il s’agit d’un drone de 5,5 mètres de long, pesant environ 1,1 tonne à pleine charge. Sa vitesse maximale de 78 km/h (42 nœuds) et rayon d’action de 450 à 800 km.
Sur le plan de l’armement, il dispose d’une charge utile de 200 à 320 kg d’explosifs, ou munitions adaptées comme des missiles sol-air.

Son coût estimé entre 250 000 et 300 000 $. Il a réalisé la première destruction au combat d’un navire de guerre par un drone naval en février 2024 (corvette Ivanovets).
Le Magura V7 constitue une évolution anti – aérienne ; c’est une version plus grande, mesurant 7 à 8 mètres et développée pour étendre les capacités de frappe.

8. Drones terrestres robotisés (UGV)
Véhicules au sol utilisés principalement pour le ravitaillement logistique sur la ligne de front et l’évacuation des blessés, bien que vulnérables aux drones aériens ennemis.

Les modèles notables incluent le Ratel S/M/H (Ratel Robotics), le Ironclad (Roboneers), le Maul EVAC (DevDroid) pour l’évacuation médicale, et le Vatag (Robotique terrestre), un UGV de combat lourd armé d’un canon de 25 mm. D’autres systèmes importants sont le Droid TW/NW (DevDroid), les plateformes Lyut et Ravlyk (Ukrainian Unmanned Technologies), ainsi que le Minosaure (Trident Technologies) pour les tâches légères.

9. Drones leurres
Drones utilisés pour imiter les signatures radar ou électroniques d’autres appareils, servant à attirer les tennes adverses ou à préparer des frappes plus précises sur les infrastructures énergétiques russes.
Une grande partie des attaques russes (jusqu’à 50 %) utilisent déjà des leurres pour épuiser les munitions ukrainiennes ; Kiev répond elle aussi avec des drones fantôme pour protéger ses propres équipements d’attaque longue portée, comme le FP-1 (coûtant ~55 000 $).

L’Ukraine développe ainsi des leurres variés, allant de simples maquettes en contreplaqué (coûtant ~500-600 $) à des drones autonomes dotés d’intelligence artificielle, comme le Hornet : développé par l’entreprise américaine Perennial Autonomy (anciennement Swift Beat), c’est un drone de combat de type « kamikaze » (munition lointaine) utilisé par l’Ukraine et récemment déployé par l’armée américaine en Europe. Il est capable d’identifier les leurres ennemis grâce à la géométrie et à la signature thermique.

Cette « guerre des leurres » transforme le ciel ukrainien en un théâtre d’illusions, obligeant les deux camps à investir massivement dans des systèmes de détection plus performants et dans la production de drones toujours plus sophistiqués.
10. Drones guidés par fibre optique
Une innovation récente qui relie les drones FPV à l’opérateur par un câble en fibre optique, permettant de contourner le brouillage électronique ennemi et d’assurer un guidage précis jusqu’à la cible.

Enfin, une autre tendance majeure consiste en la création de drones low cost et artisanaux à partir de matériaux qui n’ont aucune vocation militaire, comme des modèles créés à partir de tuyaux de plomberie en plastique.

Afin de compenser les retards industriels et soutenir l’effort de guerre, la France fournit à l’Ukraine une gamme de drones militaires, incluant des systèmes de reconnaissance, d’attaque et de défense anti-aérienne. Les livraisons s’articulent autour de trois catégories principales : les drones d’attaque longue portée (comme le Rodeur 330, développé par EOS Technologie) ; les drones intercepteurs et défense (le ‘mur de drones Atreyd et les drones kamikaze Alta Ares) ; la coopération industrielle qui fait intervenir le constructeur automobile Renault et le groupe Turgis & Gaillard, spécialisé dans l’aéronautique, le spatial et la défense.

De façon générale, l’usage de ces engins a révolutionné la guerre moderne, avec des estimations indiquant que 70 à 80 % des pertes dans les deux camps sont désormais liées aux frappes aériennes ou de drones.
L’Ukraine produit environ un million de drones par mois – majoritairement des modèles FPV -, démontrant une capacité industrielle décentralisée et rapide face à la Russie.

Selon un rapport du Center for Strategic and International Studies (CSIS) publié en juillet 2026, la guerre a fait plus de 2 millions de victimes militaires au total (tués, blessés et disparus). La Russie subit le plus lourd bilan avec environ 1,4 million de pertes, dont entre 400 000 et 450 000 morts.

Côté ukrainien, les pertes militaires vont de 525 000 à 625 000 victimes, avec un nombre de morts estimé entre 125 000 et 150 000.
Le ratio de pertes atteindrait ainsi près de 8 soldats russes pour 1 soldat ukrainien, un niveau sans précédent pour une grande puissance depuis la Seconde Guerre mondiale.
