« Nous vivons dans une illusion totale, une création collective qui s’est solidifiée », révèle Elisabeth de Caligny dans un exposé pour la chaîne Nuréa TV.
Au cours de cette enquête, consacrée à la rencontre entre une infirmière et une entité féminine extraterrestre dont le vaisseau se serait écrasé sur le sol de Roswell, il est dit que la planète Terre serait une geôle galactique que des civilisations conquérantes (désignées ici comme « L’Ancien Empire ») utiliseraient pour enfermer des consciences éternelles.

Afin d’endormir les esprits, subtiliser la mémoire de leurs existences passées et finalement les enfermer dans des corps physique, ces races avancées auraient dans leur arsenal tout un nuancier de pièges – certains létaux, d’autres hypnotiques. Et parmi eux, une source d’ondes esthétiques.
Un holocauste mémoriel
Cette source d’ondes, dirigée sur un bel édifice, une agréable musique ou une courbe harmonieuse, produirait des miracles de fascination. Aussi, la véritable guerre ne serait – elle pas une simple question de force de frappe ou de dissuasion nucléaire mais reposerait surtout sur des techniques de contrôle mental, d’hypnose et d’effacement/implantation de mémoires artificielles.
L’asservissement politique, économique et religieux ferait également partie intégrante de cette logique de contrôle généralisé.

Elisabeth de Caligny poursuit dans son étude : les Prêtres d’Amon qui opéraient dans l’ancienne Égypte étaient des gardiens de prison. Ces administrateurs de l’Ancien Empire auraient mis en place tout le panthéon des Dieux Égyptiens immortels afin d’inculquer l’humilité aux êtres humains, leur faisant oublier leur omniscience originelle.
Depuis, les hommes seraient convaincus de n’être que des corps biologiques, une simple matière brute privée d’illumination. Comment ne pas voir une résurgence de ces supposés prêtres – geôliers dans les déroutantes figures qui se sont exhibées lors du Met Gala 2026 ?

Un spectre dans un réceptacle
Des créations de mode qui empêchent de se mouvoir, des corps enferrés par du tissu ou noyés dans les strass : ces habits ne sont pas fait pour être portés mais pour générer un choc émotionnel et le buzz qui en découle.

Dans un monde où la haine génère plus de clics que l’amour, il est de bon ton de provoquer. Ce carnaval de la fascination hypno-tease littéralement le publique et heurte son regard ; jouant avec le feu de l’indignation, humant les vapeurs du divertissement, et le détournant finalement de plus existentielles questions.
Si l’exposé de Caligny n’est pas fondé sur des preuves factuelles, on remarque néanmoins qu’il se marie très bien -au moins sur le plan symbolique – avec la logique de cérémonie païenne portée par les styles lunaires du Met Gala.

Cette année, le thème de la cérémonie était « Fashion is Art » (La mode est un art), en lien avec l’exposition Costume Art au Metropolitan Museum. Cette consigne a incité de nombreuses stars à s’inspirer directement de chefs-d’œuvres de l’histoire de l’art pour leurs tenues.
Inspiration ou recyclage ?
Voici les principales clins d’oeil artistiques observées sur les marches :
Leonora Carrington : Madonna a reproduit son tableau La Tentation de Saint Antoine avec une immense cape et sept dames d’honneur.


Gustav Klimt : Hunter Schafer (robe Prada) s’est inspirée de Madame Primavesi, tandis que Gracie Abrams (robe Chanel) a porté Le Baiser (ou Portrait d’Adèle Blochauer I).


Statues antiques : Kendall Jenner a porté une création Gap Studio par Zac Posen inspirée de la Victoire de Samothrace, et Kylie Jenner a interprété la Vénus de Milo en Schiaparelli.


Artemisia Gentileschi : Lena Dunham a transformé la scène de sang de Judith décapitant Holopherne en robe Valentino rouge vif.

Raffaele Monti : Heidi Klum a incarné la sculpture La Vestale voilée grâce à une illusion de marbre en latex et mousse.


John Singer Sargent : Lauren Sanchez Bezos a porté une robe Schiaparelli inspirée du portrait scandaleux de Madame X.

Paul Delaroche : Rachel Zegler s’est inspirée de L’Exécution de la reine Jane Grey pour sa tenue Prabal Gurung.


Van Gogh : Charli XCX a porté une fleur d’iris en verre soufflé sur sa robe Saint Laurent, hommage à la série Les Iris.

Janelle Monáe a exploré la fusion entre corps et technologie avec une robe Christian Siriano intégrée de câbles électriques et de papillons robotiques.

Last but not least, la chanteuse Cardi B a revisité la série The Doll, du sculpteur surréaliste Hans Bellmer.


Ce qui transparaît ici, de la Skull Dress de Beyoncé au corset huileux de Sabine Getty, c’est l’impression de violence sous-jacente que contiennent ces parures.
Le Kitch égalitaire
Entre mascarade outrancière et messe sans révélation – loin du Kitsch totalitaire qui est le pré carré des leaders politiques -, on atteint ici un kitsch égalitaire : sorte de célébration abstraite de soi – même qui met en scène la transgression de la chair dévorée et du sang bu… mais toujours de façon contenue : dans un espace et un temps délimités.


D’un point de vue plus social, il semble qu’une aristocratie décadente rencontre, pour un soir, une bourgeoisie encanaillée ; certains conservent un charme et une élégance très française, d’autres donnent dans la surenchère ou le déguisement… Mais sous les saphirs, les perles et les grenats, derrière les prothèses et les capes – comme une sueur, à fleur de peau – l’innommable est là.

Finalement, l’élitisme du Met Gala est surtout concentré dans son prix d’entrée ; un ticket individuel coûte environ de 100 000 dollars (une hausse par rapport aux 75 000 dollars de l’année précédente) sans garantie de pouvoir entrer car la validation d’Anna Wintour est nécessaire. Une table complète pour dix convives coûte au minimum 350 000 dollars.

Ces places sont des invitations et ne sont pas vendues au public. En pratique, ce sont principalement les maisons de luxe qui achètent les tables et financent la participation des célébrités invitées, qui ne paient généralement pas elles-mêmes leur entrée.

Au met Gala, l’habit enferme le corps, le corps enferme la conscience. Les créations deviennent de véritables vierges de fer, des instruments de torture spirituelle.
Il faut avouer que certains looks ne manquent pas de panache et d’audace visuelle : le tenue de Lena Situations est bien trouvée, quoiqu’elle rappelle celle de Lady Gaga dans son clip Applause, sorti en 2013.


Sans oublier la fraîcheur du couple que forment Rihanna et A$AP Rocky ; laquelle apporte une certaine insouciance à l’événement. Elle portait une robe sculpturale en or de la maison Maison Margiela, ornée de plus de 115 000 cristaux et d’un capuchon en bronze, tandis qu’il arborait un long manteau rose personnalisé de Chanel.

Hormis ces quelques moments de grâce, demeure une impression de vide et de dégout qui succède parfois à la masturbation. Tout est comme cul par dessus tête : le précieux traine sur sol et le jetable est porté comme un diadème. Si bien que l’observateur en fini par se demander s’il y a une utilité à tout cela.

On rétorquera certainement que plus l’art est inutile, plus il est beau ; ou même que ce gala sublime les corps ; transformant les êtres en œuvres d’art, transcendant beauté et laideur pour atteindre le sublime ; nourrissant cette libido narcissique – dûment sacrifiée et partout renaissante – qui est à la fois la forme et la substance de la mode.
On pourrait chercher une suprême raison, mais on devine au fond la quête de (non) sens qui est celle de l’artiste. Quant aux véritables motivations de son mécène ; mieux vaut ne pas chercher plus que l’on ne veut réellement trouver.

Les fonds récoltés, depuis la création de l’événement en 1948 par Eleanore Lambert, sont destinés au Costume Institute, un département du Metropolitan Museum of Art. D’un simple événement discret et caritatif, le Met Gala est devenu une machine de renommée mondiale, prompte à générer des millions.

Le Costume Institute a pu constituer une collection de plus de 33.000 pièces et semblerait maintenant capable de fonctionner seul, indépendamment du Met Gala. Certains s’interrogent donc quant à la raison d’être de cette soirée dans les années à venir.
D’autant qu’un éventuel départ à la retraite d’Anna Wintour pourrait poser de nouveaux enjeux. Si la succession de la papesse de la mode n’est pas encore déterminée, son héritage ne fait lui aucun doute.


