Taxi Driver : le chef-d’œuvre de Martin Scorsese

Taxi Driver, drame psychologique réalisé par Martin Scorsese et écrit par Paul Schrader, est sorti en 1976, obtenant quatre nominations aux Oscar (meilleur film, meilleur acteur, meilleure actrice dans un second rôle, meilleure musique) et la palme d’Or à Cannes. Il met en vedette Robert De Niro dans le rôle de Travis Bickle, un vétéran de la guerre du Vietnam souffrant d’insomnie et de paranoïa, qui travaille comme chauffeur de taxi à New York.

Ce véritable chef-d’œuvre de direction artistique et d’interprétation explore les thèmes de l’isolement, des troubles mentaux et de la décadence urbaine.

Après un amour impossible avec la militante Betsy (Cybill Shepherd), on suit la lente descente aux enfers de Bickle, qui tente de délivrer une jeune prostituée, Iris (Jodie Foster), de l’emprise de son proxénète (Harvey Keitel).

Dès les premières secondes, le film s’annonce hypnotique : un générique montre un taxi émerger de la brume, s’ensuit un plan rapproché sur les yeux de Travis, éblouis par les lumières de la ville, avec en fond sonore la composition envoûtante de Bernard Hermann ; sa dernière partition.

Si Taxi Driver s’est érigé en classique du cinéma moderne, c’est que le film a influencé la culture populaire avec des moments devenus mythiques : la fameuse scène où Travis pose avec ses armes devant le mirroir («You talkin’ to me ?!»), le caméo de Scorsese qui interprète un client perturbé, l’accoutrement du héro qui chemine de cow-boy errant à punk vengeur.

Car le film ne parle pas juste du retour à la vie civil après la guerre, pas juste de l’idéalisme bafoué et du basculement dans la folie : Taxi Driver raconte l’histoire d’un homme qui se croit toujours droit et sain d’esprit alors qu’il a perdu tout contact avec la réalité.

De ce narcissisme guerrier émerge la figure inquiétante de celui qui ne se reconnaît plus, lentement gagné par la xénophobie, l’isolement et une volonté de revanche indéfinie. La solitude caractéristique des grandes métropoles est également palpable : on retient cette scène où Travis demande son nom à une caissière et que celle-ci menace d’appeler la sécurité.

Plutôt que de se laisser dévorer par cette société hostile, Travis va décider d’affronter celle-ci : d’abord de façon fortuite, en tuant un braqueur dans une épicerie ; ensuite de manière de plus en plus méthodique, alors qu’il planifie le meurtre d’un politicien ; puis emporté par une folie qui s’apparente à un suicide déguisé, lorsqu’il entreprend de s’attaquer seul à un gang.

Ayant échoué à se construire une morale stable, Travis se bricole comme il le peut une virilité beaucoup moins conventionnelle. Cette transition, entre le silence mélancolique du rôdeur et le cri furieux du vengeur, se fait par touches successives, de différentes tonalités : des rendez-vous manqués dans des cinéma ou des cafés, des questionnements solitaires devant une télévision, des scènes nocturnes d’une tension rare où l’on devine la violence urbaine avant de la voir exploser.

Taxi Driver n’est donc pas un film particulièrement joyeux mais il comporte une fin ouverte et optimiste qui permet de croire en la réhabilitation de son personnage principal. C’est une grande œuvre du cinéma des années 70, à voir autant qu’à écouter en raison de sa B.O. inoubliable, de son action qui a bien vieilli et de ses moments d’intense poésie.

La note : 9,5 /10

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