L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford : avis & critique

Adapté du roman éponyme de Ron Hansen (1983), L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford (The Assassination of Jesse James by the Coward Robert Ford) est un western biographique américain réalisé par Andrew Dominik, sorti en octobre 2007.

Mettant en vedette Brad Pitt dans le rôle du mythique hors-la-loi et Casey Affleck dans celui de son admirateur et futur assassin, le film a été présenté en compétition à la 64e Mostra de Venise en 2007, où Brad Pitt a remporté la Coupe Volpi du meilleur acteur.

Synopsis : En 1881, Jesse James, 34 ans, est un hors-la-loi légendaire, poursuivi par les polices de dix États. Le jeune Robert Ford, 20 ans, qui l’idolâtre depuis l’enfance, rejoint le gang. Mais l’admiration se mue en jalousie et en ressentiment. Conscient que l’un des siens le trahira, Jesse James prépare sa propre mort et cultive subtilement les attentions de Ford, qu’il amène à devenir son propre assassin pour préserver sa légende.

Contrairement aux westerns classiques, le film se présente comme une épopée historique, lyrique et contemplative, avec un rythme lent qui s’étend sur 2h40, une photographie ocre et mélancolique (signée Roger Deakins).

Le film ne compte que deux scènes de tirs en 140 minutes (la fusillade entre Wood Hite et Dick Liddil, puis l’assassinat final), ce qui rend chacune d’autant plus efficace.

Peu d’action donc, mais un déroulement introspectif qui prend le temps de plonger dans la psychologie des différents protagonistes : l’idéalisme révolté de Jesse, les rêves de gloire nourris par Ford, les dissensions entre les frères James et les querelles internes au gang.

Le duo Pitt et Affleck porte le film avec intensité. D’autres acteurs de renom leur donnent la réplique dont Sam Shepard (Frank James), Sam Rockwell (Charley Ford), Jeremy Renner (Wood Hite) et Mary-Louise Parker (Zee James).

Certains scènes sont saisissantes comme le braquage du train Blue Cut au début du film ; la lumière de l’engin qui perce la brume nocturne, l’attente des braqueurs masqués, le plan où le train semble percuter la caméra (réalisé avec une plateforme poussée par le train lui-même) offre un rendu immersif d’autant plus appréciable que l’événement a bien eu lieu dans la réalité.

Durant la journée du 7 septembre 1881, le gang de Jesse James a effectivement braqué un train du Chicago & Alton au niveau du Blue Cut, une section de voie en courbe près de Glendale, Missouri, où les trains devaient ralentir à environ 40 km/h pour négocier le virage. Le gang comprenait Jesse et Frank James, Wood Hite, Dick Liddil, Clarence Hite et Charlie Ford — le frère de Robert, et non Robert lui-même, comme on pourrait le croire en regardant le film. On pardonne ces quelques prises de liberté situationnelle (une scène de nuit et la présence de Robert) car elles resserrent l’intrigue et apporte une aura de mystère.

La scène du bain où Ford contemple Jesse est intéressante mais se livre à quelques inventions dramaturgiques : Jesse demande à Ford s’il veut être comme lui ou s’il veut être lui, et le film dépeint dans son ensemble une relation quasi homoérotique, obsessionnelle, entre les deux hommes. En vérité, Ford était un opportuniste motivé par la prime de 10 000 $ et la jalousie. Le film ne nie pas cela, mais le transcende en créant une histoire de fascination mutuelle.

Le personnage de Jesse est tout aussi idéalisé et parfois même adouci. Historiquement, Jesse James était un guerrier confédéré («loyal sudiste et franc tireur d’une guerre de sécession sans fin») à la limite de la psychopathie qui a mené une campagne terroriste brutale au Missouri pendant la guerre de Sécession. Le film en minimise considérablement la violence et le présente comme une figure plus tragique et plus complexe, proche du héros romantique. Le mythe du « Robin Hood du Far West » (attribuer des vols aux riches pour donner aux pauvres) a été fabriqué par le journaliste John Newman Edwards, et le film ne s’en distancie pas toujours clairement.

Le drame final est très marquant, il constitue aussi la plus grande liberté que prend film par rapport à la réalité des faits. Aucune preuve historique ne soutient l’idée que Jesse James a volontairement et tacitement laissé Ford le tuer. Le film construit toute sa thèse dramatique sur cette hypothèse — que Jesse « prépare sa propre mort » et partage l’obsession de Ford. Les historiens restent partagés, mais la version du film est une interprétation littéraire, pas un fait établi. Sur le plan de la simple reconstitution de l’assassinat (Jesse retire sa ceinture, monte sur la chaise, tourne le dos), le film reste fidèle aux véritables témoignages de Ford et Charlie.

La bande-son, mémorable, est signée par Nick Cave (qui interprète la ballade de Jesse James, faisant même une apparition à la fin du film) et Warren Ellis. La voix off de Sam Shepard narre les faits de manière envoûtante et c’est ce même acteur qui interprète Franck, le frère taiseux de Jesse.

C’est finalement par sa gestion des temporalités que l’œuvre d’Andrew Dominik évite de justesse l’excellence. Le film condense plusieurs années en quelques mois pour intensifier la paranoïa de Jesse. Les événements sont regroupés pour créer une montée dramatique qui ne correspond pas à la réalité temporelle.

Un parti pris compréhensible qui aurait gagné à être totalement assumé, de façon à faire tenir le film en 2h et ainsi éviter quelques moments de flottement : le différend entre Hite et Liddle (non essentiel et trop long) ou la voix off parfois trop descriptive qui explique ce que les acteurs doivent nous faire ressentir avec leur simple jeu.

Hormis ces quelques écueils, L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford est un classique qui mérite d’être plusieurs fois visionné.

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