David LaChapelle est la tête d’affiche de l’édition Portrait(s) 2026 à Vichy.

Cette exposition majeure, célébrant quatre décennies de création et le Bicentenaire de la photographie, présentera plus de 100 œuvres, incluant des images emblématiques et des pièces inédites ; explorant son style reconnaissable ; passant de la dramaturgie pop et des portraits de célébrités à des visions mythologiques et apocalyptiques.

L’événement s’inscrit dans le festival Portrait(s), qui croise l’événementiel, l’histoire culturelle et l’identité de la ville de Vichy.
À l’occasion de cet événement qui se tiendra du 19 juin au 4 octobre 2026 au Grand Établissement thermal, retour sur le parcours atypique d’un photographe de l’éternel.

Premiers émois
David LaChapelle, né le 11 mars 1963 à Fairfield dans le Connecticut, est reconnu pour son style surréaliste, hyper-coloré et souvent provocateur.
Son parcours de photographe et de cinéaste se divise en plusieurs étapes clés, marqué d’abord par l’influence du célèbre (mais sur-côté ?) Andy Warhol : après avoir travaillé comme serveur au mythique Studio 54 à New York, LaChapelle est repéré par Warhol qui lui confie sa première mission professionnelle pour le magazine Interview dont il est le directeur.
Sa toute première photo pour le magazine date de 1985 ; il s’agit d’un portrait des trois membres du groupe Beastie Boys sur Time Square.

Il étudie ensuite à l’école des arts de Caroline du Nord et à la School of Visual Arts de New York. Les années 1990 sont la décennie de son ascension dans la mode et la publicité : il devient le photographe attitré de nombreuses célébrités (Marilyn Manson, Britney Spears, Uma Thurman) et signe des campagnes publicitaires emblématiques pour des marques comme Diesel, H&M ou Burger King ; mêlant art baroque et culture pop ; dénonçant parfois l’hypocrisie des systèmes et des corporations.

Son goût pour une approche stylisée, haute en couleur, iconoclaste, le pousse à toujours aller plus loin dans la surenchère, la démesure… Parfois jusqu’aux limites du bon goût.
Flashs en guise flèches
Une série d’images iconiques réalisée en 1999 et 2009, fusionnant symboles religieux et surréalisme, mettent en scène Michael Jackson et sont exposées aujourd’hui dans des musées internationaux.
Sans oublier la collaboration culte avec la Britney Spears de la grande époque pour le magazine Rolling Stones ; un shooting devenu culte, réalisé dans la maison de la pop star en Louisiane.
Le photographe a également réalisé des portraits provocateurs de Lady Gaga, renforçant son statut de « Fellini de la photographie » grâce à des mises en scène extravagantes.

David LaChapelle et la rappeuse Lil’ Kim ont collaboré à plusieurs reprises à la fin des années 1990 et au début des années 2000, produisant certaines des images les plus marquantes de la culture hip-hop et de la mode. L’une de leurs œuvres les plus célèbres est la photographie de Lil’ Kim nue, recouverte de logos Louis Vuitton, réalisée en 1999.
Bien que non commandée par la marque, cette image est devenue un symbole de la fusion entre hip-hop et haute couture. Initialement exposée à la Tony Shafrazi Gallery à New York sous le titre Lil’ Kim: Luxury Item, elle a été publiée comme couverture du magazine Interview en novembre 1999, propulsant Kim au rang de star internationale.

Le 30 septembre 2002, le clip du titre Dirrty, interprétée par Christina Aguilera et Red Man, déferle comme un ouragan sur les ondes et les écrans.
Non moins provocateur, Kanye West fait aussi partie de cet impressionnant palmarès ; il a été pour la première fois à la une de Rolling Stone en 2006 avec une photographie intitulée « The Passion of Kanye West ».

Sur cette couverture, il apparaît avec une couronne d’épines et le visage sanglant, une représentation christique qui a occasionné de vives critiques pour blasphème.
Chose incontournable pour qui se joue du symbole et du ‘diabole’, les oeuvres de Lachapelle sont parfois sujettes à controverses ; avec le recul, certains clichés sont passés de mode, voire ont très mal vieilli.
Un autre horizon
En 2006, alors au sommet de sa carrière, Lachapelle quitte la photographie de mode pour s’installer dans une ferme biologique à Hawaï. Son projet engagé contre les raffineries de pétrole, intitulé Land Scape, lui permet de questionner l’impact de l’activité humaine sur la nature.
Ces photographies sont réalisées à partir d’objets du quotidien (canettes, boîtes de conserve, pailles etc.) et ne sont pas sans rappeler le Palais d’émeraude du Magicien d’Oz.
S’il se concentre alors sur des projets personnels qui explorent la spiritualité, l’écologie et la critique de la société de consommation, Lachapelle continue à réaliser des documentaires primés comme Rize (2005).

Le clip officiel de la chanson « Tears Dry on Their Own » d’Amy Winehouse est un autre de ses chefs-d’œuvres, réaffirmant ses qualités de cinéaste.
Les prises de vues ont eu lieu le 22 mai 2007 à Los Angeles, notamment dans le quartier d’Echo Park et au Grand Hotel. Le clip est sorti en juillet 2007 au Royaume-Uni.
Renaissance
Il a depuis repris des collaborations majeures, notamment avec Mercedes-Maybach en 2024 et Christian Louboutin lors de la Fashion Week de Paris, tout en exposant ses œuvres dans des institutions prestigieuses comme la galerie Daniel Templon à Paris et Bruxelles.

Aimé ou décrié, le travail du photographe ne laisse pas indifférent et a été plusieurs fois récompensé. Déjà en 1995, French Photo Magazine et l’American Photo Magazine lui décernent le prix du Meilleur nouveau photographe de l’année. Plus tard, il est classé deuxième dans la liste des 20 personnes à suivre en 2000 par CNN.
Puis en 2004, il est élu réalisateur de l’année pour le clip ‘It’s my Life’ du groupe de rock No Doubt. En 2011, c’est le club des amis américains du Museum of Art de Tel-Aviv qui le désigne ‘artiste de l’année’.
À la fin de l’année 2017, l’éditeur allemand Taschen a fait une rétrospective compilant les plus belles œuvres de Lachapelle ; répartie en deux volumes, Lost and Found Part I et Good News Part II.


Si la démarche artistique de ce photographe visionnaire peut manquer de subtilité par moment, il nous rappelle que toute oeuvre visuelle -même incompréhensible – contient une part de photophilie et de cinéphilie. L’enthousiasme et l’imagination sont là, unis pour le pire et surtout pour le meilleur.














































